Quand il y a tout à terre, à taire.
Juste pour voler quelques instants.
Lundi 19 mai 2008

Les mots doux se susurrent à l’oreille au moment où tu t’y attends le moins. Alors que ton regard est perdu, courroucé, confiant ou fermé, ailleurs ou ici, mais assez proche d’eux pour que tu les entendes. C’est comme ça, les mots doux : ils sortent sans prévenir, la nuit ou le jour, et se posent là, s’offrent, s’épèlent, te disent, t’appellent, se trouvent, te découvrent, te couvrent. C’est juste leur moment. Ils te regardent, ensuite, pleins de leur nudité, et se nourrissent ou se meurent d’un simple silence. La suite t’appartient. Tout simplement.

Les mots doux peuvent faire chavirer ou se noyer. Quelle importance, finalement ? Ce ne sont que des mots doux. Un peu innocents…


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Dimanche 18 mai 2008
L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase. Aujourd'hui encore...
et encore...



    Giuseppe Penone
    Jean-Louis Vincendeau
    Éditions Éolienne, 2007



 

Il s’agit de commencer la journée comme on se prépare à un voyage risqué dont on sait à l’avance l’issue, commencer la journée comme on commence un récit.

(…)

Rayonnement, éclairements, empreintes déclinées jusqu’au fin bout, jusqu’à la limite qui pointe : quelque chose s’étire jusqu’aux bords de la feuille, jusqu’aux bords de la vie ?



Après "Entre", écrit entre ces deux phrases, Denis a suivi...





Il s’agit de commencer la journée comme on se prépare à un voyage risqué dont on sait à l’avance l’issue, commencer la journée comme on commence un récit.

Mais… La journée n’a pas commencé, le soleil n’est pas levé, l’issue est improbable, pourtant, inéluctable est le voyage.

Aux premières heures de la vie, nulle racine, nulle trace, le récit peut commencer…

Rayonnement, éclairements, empreintes déclinées jusqu’au fin bout, jusqu’à la limite qui pointe : quelque chose s’étire jusqu’aux bords de la feuille, jusqu’aux bords de la vie ?




Denis

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Lundi 12 mai 2008

 

Henri Michaux, Éclatements, 1954, encre



Mots doux, trente-sixième dessous.
Les mots durs fusent, disloquant les mots doux.

Je tente de ramasser ces derniers, déconfits, désarticulés, bien mal en point, jetés à la ligne.
Mais mon aide les affole. Je les repose et les regarde se perdre, impuissante. Ils ne se retrouvent pas, ne savent plus se reconstruire. Certains s’éteignent lentement, s’effacent, d’autres se traînent ici et là. A bout de mots.
Les plus forts d’entre eux s’obstinent à murmurer, tandis que s’acharnent, sifflent et crachent toujours les mots durs. Des salves de mots mitraillettes ont transpercé en plein cœur, des mots missiles les ont explosés. Mots najas contre mots naïfs... Le poison a fait son effet.
Les mots doux blessés, silencieux, se serrent à présent en un tas informe. Des pulsations font vibrer les mots tus. Le tas continue de battre doucement
Les autres paradent, continuent à jouer aux durs. Je pourrais les envoyer valser à coup de rimes acerbes. Mais sans répondant, ils s’empoisonneront bientôt tout seuls.

L’ignorance choisit son camp.
Je veille. En silence. Et je sais pourquoi.


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Dimanche 11 mai 2008


Offre d'emploi

Ah, le syndrome de l'auteur...
Cherche petit rêve agaçant. Poste à temps plein et plus si affinité. Correctement rémunéré, salaire négociable. Sexe indifférent. Les dames peuvent répondre à l'annonce et correspondre au profil. Là n'est pas la difficulté. Il s'agira d'amuser ma plume, de visiter mes sourires, troubler mes sens, permettre mes divagations. Il conviendra de murmurer à mon ventre voire un peu plus bas,  souffler à mes oreilles un air de flûte traversière. Pipo non admis. Il sera en revanche impossible de consulter le roman précédent. J'en ai doucement tourné les pages, une à une. L'histoire est terminée, le livre est rangé, les livres se rangent, sur des rayons de fortune, des étagères glorieuses, dans les cartons au secret des greniers. Rangez-les où ça vous arrange sans vous déranger.
Hier ou le mois dernier mais certainement pas demain, j'ai congédié ma muse (pour incompatibilité d'humeur, c'était inattendu).
Alors si ça vous chante... Wanted.


Pablo Picasso
Le rêve, 1932

 



Cath
Acteplume




Lettre sous pli non recommandé


Par la présente, absente, je me permets de vous recommander de ne pas me recommander. Je suis une avare de mots, pas fine et fainéante, une muse pas marrante, une associée associable, une auteuse malheureuse. Tout en moi vous desservirait. Je n’aime pas m’abaisser pour relever des défis et suis même capable du contraire, à savoir m’élever contre tout  pour foutre en l’air des idées. J’ai la plume dure, rêche, noire et terne, voire s’éternisant sur des sujets peu clairs. J’ai horreur de la flûte traversière, lui préférant les li d’écriture très cons. Je mettrais un point d’honneur, là où vous n’y verriez que fourberies. Et n’écrirais que deux points alors qu’il faudrait en lire beaucoup plus. Ma curiosité est mal placée, je ne trouve toujours que ce qu’il ne faut pas. Vos livres seraient ainsi dénichés et qui sait, ignorés, ou déchirés, ou délogés puis adorés en un gros feu de joie. Je suis dérangée, n’ai aucune notion du temps, du tant, suis toujours dans le trop ou pas assez, ici, ailleurs ou là-bas et aussi là où on ne m’attend pas. Allez donc voir si j’y suis, pour m’éviter, moi qui vous ferais chanter. Pas la peine de me chercher, je ne vous serais d’aucun salut. Là est votre salut.

Pablo Picasso
Femme aux bras croisés, 1902




co errante
(ma participation, chez Cath, à un appel à texte à la lumière de ce très bel "Offre d'emploi")



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Samedi 10 mai 2008


Je ne joue pas. Ou alors avec moi-même. Mais jamais avec les autres. Jamais contre les autres.

Jouer n’est pas mon fort. Les atouts, à tout prix, ne me disent rien. Je veux bien perdre mon âme, mais pas au jeu du je joue pour mieux te tuer.

D’ailleurs, je suis déjà morte depuis longtemps. Même pas drôle.

Je veux bien juste me rappeler de quand j’étais vivante. Quand le nain ne riait pas jaune, quand les petits chevaux faisaient des bonds de cabris, quand à trois il faisait soleil, quand les balles étaient pour de faux, quand le labyrinthe avait une sortie, quand le loup n’y était pas, quand les cordes étaient élastiques, quand les billes ne roulaient pas, quand Colin ne me trouvait pas pour mieux m’enfermer encore, quand l’exquis n’était pas cadavre. Quand le jeu n’était pas mortel.

Sérieux. Je ne joue jamais aux jeux de l’ego. Juste aux jeux pour rire. Même aux larmes. Mais pour de vrai. Sans les masques.

 

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Samedi 10 mai 2008
Le texte "Se sentir mal" a inspiré Denis


Dans les rues, ce matin, flottait une odeur que je connaissais bien… Celle de mon parfum, celui dont elle m’avait dit être tombée amoureuse, le jour de notre rencontre. Je n’étais donc qu’une odeur, agréable certes, mais juste une odeur. Et ce matin, elle inondait la ville, celle de notre rencontre. J’étais heureux,  ma présence désormais l’accompagnerait partout… Et moi, j’étais enfin libre. La liberté n’a pas d’odeur.


Denis
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Lundi 5 mai 2008

René Magritte

Ceci n'est pas une pomme, 1964

 

J’ai vu un mot. Qui m’a fait penser à « pomme ». Prologue mystérieux, je sais, sauf pour moi. Peu importe pour vous. Vraiment.

Imaginons…

Comme d’autres sans doute dans le monde et au même moment, prenons une pomme. Et mangeons-la.

Peu importe la façon : auparavant coupée en quartiers ou croquée à pleines dents, là n’est pas l’essentiel. Savourons l’instant de l’attente, déjà. Ce qui me laisse, à moi, le temps de réfléchir à la suite du monologue.

Sentons la pomme, tant qu’à faire, pourquoi se priver d’odeurs, et dégustons-la. Avidement, doucement, peu importe encore.

Comme d’autres, nous nous rappellerons de cette pomme ;  elle nous aura nourris, tout au moins. C’est déjà pas mal. Un peu de reconnaissance ne nuit pas.

Associons-nous maintenant encore un peu plus. Associations d’idées. Où te mène cette pomme ? Là, comme ça, tout de suite, en ce qui me concerne, je dirais… pauvre pomme, oui, vraiment, pauvre pomme, positivons, un pommier à cidre de mon enfance, la (et les) pomme(s) de ma douche, musique et les sempiternels Eve ou Guillaume Tell. Et toi ? Ailleurs, sans doute.

Toujours est-il que cette pomme a existé et que toi, moi, l’avons croquée, comme d’autres, au même moment. Voici le seul dénominateur commun.

Les pépins ? Chacun les siens.

C’est finalement très fort, une pomme…

C’était un texte tarte.

 

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Jeudi 1 mai 2008


L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase. Aujourd'hui encore...

 

…et suite au texte de Denis, « Autre », à partir de « Asiles de fous » de Régis Jauffret, nous avons poursuivi en duo et pris quelque liberté en ce qui concerne la fin.


 

    "Asile de fous", Régis Jauffret

    Gallimard, 2005

 

    « Il faut que je change de lit, de canapé, de fauteuil et que je peigne les vitres pour modifier la couleur du jour. »

 

    (…)

 

    « Je suis sûr qu'il est toujours plus ou moins vivant, assez sans doute pour avoir écrit ce roman. »


 

René Magritte
Reproduction Prohibited, 1937


Il faut que je change de lit, de canapé, de fauteuil et que je peigne les vitres pour modifier la couleur du jour.

Il faut que je soulève ce corps bien trop lourd avec cette conscience qui ne peut plus rien. Une conscience où palpite encore un petit noyau, qui s’obstine à vivre au milieu d’une masse inerte. J’ai perdu la faculté d’apprécier l’écoulement du temps. Je suis déjà un fantôme, une fumée qui pense.

De page en page, j’ai connu la gloire, la misère, j’ai fait l’amour, souvent et approché la mort, parfois. Les amis de passage se sont succédé, les ennemis, eux, n’ont pas survécu. Grâce à lui, j’étais comme un dieu, immortel et invincible.

Ma vie est un roman, mais, ma vie ne tient qu’à un roman. De mots, de phrases, d’idées, on m’a nourri. Je suis sorti du néant par la magie de son génie.

Maintenant, le monde où je vis ne me permet plus de voir loin, à peine, la distance à laquelle un écrivain myope apercevrait sa feuille blanche, juste à une portée de plume.

Un mot, une phrase, une idée et tout peut recommencer.  

Je revendique mon existence.

Mon cœur bat encore, pourquoi ne l'entend-il pas ?

Je suis sûr qu'il est toujours plus ou moins vivant, assez sans doute pour avoir écrit ce roman.

 

Il faut que je change de lit, de canapé, de fauteuil et que je peigne les vitres pour modifier la couleur du jour.

Il me faut d’autres rêves, d’autres assises, d’autres couleurs.

Il faut que je fasse place nette.

Il faut que je gomme mes traits. Que je m’efface. Pour le voir, l’autre. L’autre se cache toujours. Il ferait presque le mort.

J’ai changé. J’ai tout changé.

Ne reste que moi.

Je suis devant le miroir. Tous les personnages tremblent. Je le sens. Ils appréhendent que rien ne soit comme avant. Je le sais.

Je gratte, griffe, arrache, lacère ma peau. Je veux laisser place à son visage.

Car je suis sûr qu'il est toujours plus ou moins vivant, assez sans doute pour avoir écrit ce roman.

 

Le miroir me regarde, il ne doute de rien. Il me rend une image, la seule qui lui soit possible de renvoyer ; celle dont je ne veux plus ; celle que mes ongles ont abîmée. J’entends un cœur battre, il n’est donc pas trop tard.  Le miroir doute, ne sait plus, il s'efface. Derrière lui l’espace, une nuit d'encre sur une page blanche.

Je marche au bord du vide, limite infime entre Tout et Rien, entre naissance et renaissance. Voyage  sans retour, sans doute, sans espoir.

… Et ce cœur qui bat toujours.

 

Il fait tout noir, ici, là-bas. Je veux du bleu, je veux des mots, je veux des cris. « ÉCRIS ! » Je veux de la vie. Changeons. Échangeons. Ta vie contre la mienne. La tienne s’éteint, la mienne m’étreint. Fais un pas, avance, bascule. Passe de l’autre côté. Nous n’avons rien à perdre. Tout à inventer. Penche-toi. Épanche-toi. Le vide n’est rien, est tout. Lâche prise. Je prends.

 

Il fait noir d'encre. L'ancre est au fond, accrochée aux dernières algues. Elles ondulent, se balancent, s'en balancent. Ici, là-bas, sa présence est partout. Ma plume jadis si légère ne lui donnera plus d’ailes. Ma plume s'est envolée dans un ciel gris en y répandant ses sanies. C’était une plume mal accrochée, rétive peut-être. Elle s’est abîmée.

…J’entends encore son souffle si faible, comme râle dans l’océan bleu de l’encrier.

 

Plongeons. Ancre-toi à ma ligne couleur marine. Ici, rien ne pèsera. Je l’écrirai. Elle. Redresse la tête. Ouvre les yeux. Regarde. Je suis toi, tu es moi. Et vois comme je l’écris. Elle. Elle est devant toi. Chez toi, chez moi, j’ai changé de place le lit, le canapé, le fauteuil et j’ai ouvert la fenêtre en grand, pour voir la couleur du jour.

 

Je t’ai laissé mon rôle. Mon existence désormais s’inscrit, s’écrit dans le cœur de ta plume. Nos destins sont liés, reliés. M’accorderas-tu longtemps le droit d’exister avec Elle, avec toi.

Un cœur qui bat pour deux êtres. Deux êtres qui se battent pour n’en faire battre qu’un. Tu es ici, dans le Grand Théâtre, et comme ailleurs, l’illusion est parfaite. On croit, on espère, puis un jour, on découvre… Chacun sa prison, chacun son univers asilaire. Mais je suis toi, tu es moi et les autres ne sont que des ombres comme nous. Ils cherchent un lieu pour exister, pour y répandre des graines d’existence qui justifient la leur.

La vérité, la justice, la beauté, le bien souverain, tout ce qui rend le monde intelligible est encore et toujours derrière toi. Derrière cette porte verrouillée.

Ici aussi, il te faudra imaginer changer de lit, de canapé, de fauteuil, il te faudra imaginer à travers les vitres la couleur du jour qui décline.

Dieu n’est pas d’ici, ou pas assez vivant sans doute pour avoir écrit ce roman.

 

Dieu ? Mais je suis… Dieu ! Alors vis… -même d’illusions, pendant que j’écris…

 

Denis / co errante

 

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Jeudi 1 mai 2008




En ce premier mai,
permettez-moi de vous offrir un brin de...

 
  lilas !


En mai, voilà ce qui me plaît...

;-)

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Mardi 29 avril 2008

 

Je suis allée acheter ton parfum, aujourd’hui. Celui que nous aimons, tous deux, celui que j’ai respiré tant de fois en humant ta peau, celui qui parfume mes nuits et dont les soudains effluves me font vaciller encore et toujours au hasard des anonymes croisés. J’ai acheté ton parfum parce que je t’aime ainsi.

J’ai acheté ton parfum, aujourd’hui, pour l’offrir à un autre. Comme ça, tu es encore un peu là.

Je me déteste, je nous déteste, et m’en souviendrai longtemps.


 

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