Quand il y a tout à terre, à taire.
Juste pour voler quelques instants.
Mardi 29 avril 2008

 

Je suis allée acheter ton parfum, aujourd’hui. Celui que nous aimons, tous deux, celui que j’ai respiré tant de fois en humant ta peau, celui qui parfume mes nuits et dont les soudains effluves me font vaciller encore et toujours au hasard des anonymes croisés. J’ai acheté ton parfum parce que je t’aime ainsi.

J’ai acheté ton parfum, aujourd’hui, pour l’offrir à un autre. Comme ça, tu es encore un peu là.

Je me déteste, je nous déteste, et m’en souviendrai longtemps.


 

par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Dimanche 27 avril 2008

Ici, c'est la nuit et là-bas, le jour.


La scène est peu éclairée. Milieu d'estrade, au premier plan, à droite, on distingue une jeune femme, assise sur un banc. Elle regarde une sculpture de pierre blanche, sur socle : un homme et une femme. On les voit de dos, trois quart profil. L'homme est derrière la femme, la tête légèrement penchée sur le cou de la femme, ses bras enserrent le haut de son corps, les corps sont étroitement mêlés, la femme semble tenir ses mains. Ils regardent loin devant.

Deuxième plan, fond de scène, une silhouette enveloppée de pénombre ; on devine une femme, immobile, assise derrière une table. Elle semble tenir un crayon.


Éclairage sur la sculpture. Éclairage plus modéré sur la jeune femme. Elle parle (voix off). L'autre femme, toujours dans l'obscurité, semble l'écouter, elle bouge parfois légèrement.


Elle (voix off) : Il lui raconte ce jour où ils ont chacun secrètement souhaité, à la même seconde précise, ne jamais être séparés. Le jour où, par quelque magie provoquée par ces pensées pures, ils sont devenus de pierre, posés ainsi, à jamais enlacés. On ne les voit pas bouger, mais à qui sait voir mieux, ils sont vivants, ici, dans ce jardin et ailleurs, n'importe où. Là où ils vont. Là où ils sont. Ensemble et libres à jamais. (long silence) En ce moment, ils sont devant la mer... Il lui murmure encore et encore leur histoire puis la couleur de l'eau et celle de ses yeux, il n'a pas oublié de lui raconter ce qu'il avait promis de lui raconter, un jour, il lui fait entendre, ailleurs, la grive musicienne, les notes qu'elle invente pour eux, il lui décrit, au bord de cette rivière, les nuages qui ne passent que pour eux et jamais n'annonceront l'orage, elle lui montre là-bas, l'horizon, lui dit qu'elle n'irait jamais là-bas, sans lui, et si on allait dans une ville. Ils sont dans la ville maintenant,  sur une place, peu importe son nom aujourd'hui, ils avaient juste envie de regarder les gens passer. Il lui raconte l'histoire de celui-ci, qui n'a jamais vraiment aimé, et l'histoire de celle-ci, qui bientôt ne sera plus, par amour. Elle pleure pour elle. Il baise ses larmes puis, après avoir survolé mille pays, mille histoires, après mille autres caresses, mille autres nuits, ils se retrouvent là, à nouveau, et je vois bien qu'ils ne me voient pas. Je sais bien que personne ne me verra plus.


Un homme, jeune, fait son entrée, au tout premier plan de la scène, côté droit. Il marche lentement puis s'arrête, regarde la jeune femme.


Lui : Elle ne me voit toujours pas. Elle est ailleurs. Mais où ? Qu'on me le dise, que je mette en travers de son chemin, qui ne mène nulle part ! Qu'elle me regarde, enfin !


La lumière éclaire un peu plus la femme, au second plan. La femme semble trembler. Elle se lève et se rassoit. La jeune femme la regarde. La femme la regarde puis se tasse sur sa chaise. La jeune femme se lève. Le jeune homme et la femme la suivent tous deux des yeux, elle passe devant lui, sort. Il lève les bras dans un geste d'impuissance puis baisse la tête tandis que la femme pousse un long soupir et que s'éteint la lumière sur sa silhouette. Rideau.


Je clique. Seule la lumière bleutée du témoin du pc en veille traverse la nuit.

 

par co errante publié dans : Un peu plus
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Lundi 21 avril 2008


C’est le silence qui m’a réveillée. Je m’étais quittée, ici.
Autour de moi, il y avait du bruit, beaucoup de bruits. Des bouts de phrases animées, sérieuses, grandiloquentes, démonstratives, chuchotantes, féminines, masculines, nasillardes, hilares, criardes, douces, fortes, lesquelles rivalisaient avec des notes de musique grotesquement ou heureusement appauvries par le brouhaha environnant. Il y avait du mouvement aussi, beaucoup de mouvements. Des corps se frayaient un passage ou bien défendaient des places stratégiques, près du bar, proches d’amis, des corps se faisaient face, s’enlaçaient, se fuyaient, des bouts de corps s’agitaient, à grands renforts de bras levés, de mains agitées, de regards appuyés, de têtes renversées, de gorges déployées.
Je les avais quittés. Sans m’en rendre vraiment compte. Je m’étais retrouvée ailleurs. En mon for intérieur, mon fort protégé.
C’est mon silence qui m’a réveillée.
Et avec lui je suis partie.


par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

 

Celle-là pourrait exister. On la taira donc le plus possible.

Méchante, laide et indifférente.

On lui fait éviter cette rue. Éclairée, fréquentée. Elle est de mauvaise humeur. Pas fatiguée, mais malheureuse. Pas pressée de sortir de chez elle pour… mieux nous éviter, mais elle le sait. Elle, n’oublie que ce garçon. A ne pas lui téléphoner, en lâchant, tiens pourquoi, un verre de whisky. Elle descend les escaliers d’une maison délabrée, sort de chez elle. Tension et froideur. Raideur d’une voix, d’un alcool. Déplaisir de l’action. De la précédente gorgée, de l’habituelle solitude. Car le garçon ne va pas venir. Mais nous ne sommes pas là, nous aussi. Se montrer réactif.

On ne regarde pas sa main taper le chat. Sa main épaisse, difforme, qui frappe en hurlant de sales discours sur le dos du chat. On n’écoute pas sa main. Elle ne nous plaît pas. Et on n’entend pas le chat cracher.

Mais on doit attendre. Le cœur mort. Desserrer les dents. S’écrouler, ce n’est pas notre plan, ce n’est pas maintenant. Nos mains n’écrivent pas sa vie. On effleure, on ne la regarde pas se relever à l’ancre du silence, le couteau est retiré. Dans la marge de la page.

 

Aïe…



par co errante publié dans : Presque rien
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 16 avril 2008

 

Elle parle. Elle lit. Elle lit. Elle lit. Il pense. Il dort. Il téléphone. Elle écoute de la musique. Il écrit. Elle regarde le paysage. Le train freine. Elle parle. Elle s’est endormie. Il tousse. Elle parle toujours. Elle rit. Le train repart. Elle parle toujours. Elle se réveille un peu. Il me regarde. Il boit. Elle s’est rendormie. Elle parle toujours. Ça s’arrête. Elle parle toujours. Il descend. Elle rit. Le train redémarre.  Elle parle toujours. Elle traverse le wagon. Elle se détourne. Il se gratte le front. Elle se lève. Il la regarde. Elle parle toujours. Elle referme un livre. Elle regarde toujours le paysage. Il me regarde. Le train s’arrête. Elle se lève. Il prend sa place. Elle revient et reprend sa place. Il se mouche. Il se gratte la tête. Le train repart. Elle parle toujours.
Je m’ennuie. Elle m’ennuie. Je vous ennuie.
C’était un voyage sans histoire.

par co errante publié dans : Presque rien
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Lundi 14 avril 2008

 



Celui-là doit mourir. Je le décrirai donc brièvement.

Gentil, beau, et amoureux.

Je le mène jusqu’à cette rue. Sombre, déserte. Il est de bonne humeur. Fatigué mais heureux. Pressé de rentrer chez lui pour… mieux me rencontrer, mais il ne le sait pas. Lui, ne pense qu’à cette fille. A lui téléphoner, en prenant, tiens pourquoi pas, un verre de whisky. Il monte les escaliers d'un immeuble cossu, entre chez lui. Détente et sensualité. Chaleur d’une voix, d’un alcool. Plaisir de l’attente. De la prochaine gorgée, de la prochaine visite. Car la fille va venir. Mais je suis là, moi aussi. Rester impassible.

Je regarde sa main caresser le chat. Sa main fine, mélodieuse, qui joue en silence de jolies notes sur le dos du chat. J’écoute sa main. Elle me plaît. Et j’entends le chat ronronner.

Mais je dois passer à l’action. Le cœur battant. Serrer des dents. Ne pas flancher. C’est mon plan, c’est maintenant. Ma main inscrit sa mort. Je frappe, je le regarde tomber au fil des mots, le couteau est planté. En pleine page.

 

Même pas mal…
par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Dimanche 13 avril 2008

On fonce tous dans le même mur. Il nous attend, là-bas. Nous avançons irrémédiablement vers lui en claudiquant, pas beaux que nous sommes. Les sirènes, les fées, les princes, les poètes, ça n’existe pas. Les gentils, ça n’existe pas. Les pas beaux, si. Mais au moins, oublions-le pour un moment. Autant valser dès maintenant. Monstrueusement. Vous dansez ? On a bien dansé sur des canards… On a bien chanté l’amour tout en faisant la guerre, en douce. Mur, mur, on fonce tous vers toi. Pas beaux. Lourds. Entrez donc dans la danse des bouffons. UN. DEUX… UN. DEUX… D’ailleurs, tu en fais quoi, du deux, toi l’un, dans ta vie ? Tu t’en balances, bien souvent. Alors,  pour une fois, accrochez-vous donc l’un à l’autre et murmurez vos mensonges. Allez… avance, danse, clopine, fée de rien, pas même sorcière, et toi, petit prince aux pinces à la place des doigts, desserre l’étreinte. Vous ne vous ferez pas plus de mal. Celui-ci est déjà fait.
En avant la musique. Et…
Le mur, c’est par là.
Inutile de vouloir sortir de la danse.
Le mur sera toujours par là.







par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 12 avril 2008

Dans le train, j’ai eu un trou. Tombée dedans…

Ce trou-là était auparavant tombé lui-même dans les oubliettes d’un trou de mémoire de ma libraire, un peu à l’ouest.

Enfin, j’ai pu le lire, ce trou, dans ce train.

Déjà, le livre est beau. La couverture est illustrée par Émilie Alenda et on peut y toucher du doigt ces lettres en relief :



Ton plus beau costume

ton brouillard préféré

tu les laisseras

au fond du trou


 

Bon, je n’ai pas de costume. Mais je crois bien que ce n’est pas grave, disons que je vais y mettre ma plus belle robe. Sauf que je n’en ai pas. Bon, disons que j’y laisserai mon vêtement préféré, d’accord.... Quant au brouillard, le temps que j’éclaircisse quel est celui que je préfère, ça va me prendre un peu plus de temps. Histoire de tant de temps.

En attendant, je me suis laissée tomber dans ce trou. Et même avec délectation. Avec concentration. (hum… je le dis, que j’ai d’ailleurs repéré deux ou trois coquilles ? Bon, je le dis pas fort, parce que l’écriture est trop belle…).

J’avais un peu peur de n’y voir que du noir, j’y ai entrevu pas mal de couleurs. « Ainsi, la question de la chute devient forme d’ascension », dit la quatrième de couverture. Oui…

Ces touts petits poèmes, très minimalistes, sont des condensés de pensées. Libre à soi de laisser les siennes vagabonder ensuite. Le trou, suivi de L’entre-deux et d’Un bout de ciel,  trois étapes qui ouvrent bien des horizons, même dans un train.


 




    Le Trou, Thomas Vinau


    Éditions du Cygne, 2008



    www.editionsducygne.com

 

 

 


    Extrait :

 

    La voix du trou

    est un mensonge

    quand il se taira

    tu y chanteras ta musique




Retrouvez Thomas Vinau ici : etc-iste


par co errante publié dans : J'ai lu...
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 11 avril 2008



Rassembler ce qui reste de forces pour s’enfermer, se barricader. Traverser ce qui est - à l’extérieur, comme si rien n’existait vraiment. S’accrocher à soi. À ses pas. Malgré les pas. Paraître debout pour éviter de se ramasser. Ne pas comparaître. Ne pas se mettre en boule. Avoir la tête ailleurs, même nulle part. Passer de nulle part à la part en soi. Emprunter pour cela le passage que l’on s’est construit, fait de terre, de mer, de nuages, de songes, de musique, en silence ; ne regarder, durant ce temps, que ce que l’on veut bien voir, n’écouter que ce qui ne fera pas fausse note. La bulle n’éclatera pas. Et là, poser ses mots. Des mots remparts.

Ne pas ramper. S’y tenir. Tenir ainsi. Tenir à soi. Même si peu. Tenir.


par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Jeudi 10 avril 2008

Il lui parle doucement. Elle le regarde, lui sourit, mais ne l’entend pas. Dans sa tête résonnent des histoires de love, de why. Ça hurle et il ne l’entend pas.

Il se rapproche, tandis que le regard de la fille semble attiré vers quelque ailleurs, là-bas. Il dit yeux, elle perçoit eyes.

« M’entends-tu ? » lui souffle-t-il. Un « Je t’aime » se perd dans le bruit d’un frottement de tissu. Elle a porté les deux mains à ses oreilles.

« Comment ? »

Le silence retombe en même temps que les écouteurs qui reposent à présent sur ses épaules.


par co errante publié dans : Un peu, ici
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander

Pour le livre

Face aux menaces contre le prix unique du livre, les professionnels et les lecteurs se mobilisent

 ici



Je serais vous...

Je serais vous...


j'irais faire un petit tour du côté de chez mimidup...








puisque pour la 3ème année consécutive, À quoi rêvent les filles ? vous invite à participer à son concours d'été. Cette fois, le thème proposé est :


 L A   R É C I P R O C I T É

 

Pour participer au concours, il vous suffit de lui envoyer un texte (poésie, prose, nouvelle, pensée...) avant le 30 juillet 2008

 

Présentation

Entre nous

Ça compte

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus