L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase.
William Faulkner
Le bruit et la fureur
Editions Gallimard, Folio, 1972
" A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper."
(...)
" La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis
que, de nouveau, corniches et façades défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtres et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé."
A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper.
Ben aussi tourna la tête vers les fenêtres fermées. Les sacs accusaient les coups. Nous sentions déjà les odeurs de sueur mélangées à celles du cuir, nous devinions les « han » qui ponctuaient les gestes.
Avec inquiétude, je cherchai le regard de Ben ; lui, le champion, l’invincible, le craint par tous, détrôné par ko il y a trois semaines à peine. A peine. Le mot était faible : ses longues journées avaient eu le goût amer de la stupeur de la défaite - pire qu’un genou à terre mais corps en vrac sur la toile rude du ring, de la tristesse ou de la raillerie sous-jacente des regards croisés, des articles de presse assassins. De l’humiliation Du doute.
Ben, ce soir, remettait pour la première fois les pieds à la salle. Il arracha brusquement une fleur, la brandit vers la lune naissante puis, en me jetant un regard plein de haine, il grinça :
« A partir de maintenant, je tue, sur le ring ! »
Je compris alors qu’il était mort.
La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que, de nouveau, corniches et façades défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtres et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé.
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