Quand il y a tout à terre, à taire.
Juste pour voler quelques instants.
Mardi 29 janvier 2008

L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase.

Aujourd'hui encore, et dans le même temps que Denis, j'écrivais moi aussi à partir de...


William Faulkner

Le bruit et la fureur

Editions Gallimard, Folio, 1972



" A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper."

(...)

" La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que, de nouveau, corniches et façades défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtres et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé."





A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper.

Ben aussi tourna la tête vers les fenêtres fermées. Les sacs accusaient les coups. Nous sentions déjà les odeurs de sueur mélangées à celles du cuir, nous devinions les « han » qui ponctuaient les gestes.

Avec inquiétude, je cherchai le regard de Ben ; lui, le champion, l’invincible, le craint par tous, détrôné par ko il y a trois semaines à peine. A peine. Le mot était faible : ses longues journées avaient eu le goût amer de la stupeur de la défaite - pire qu’un genou à terre mais corps en vrac sur la toile rude du ring, de la tristesse ou de la raillerie sous-jacente des regards croisés, des articles de presse assassins. De l’humiliation Du doute.

Ben, ce soir, remettait pour la première fois les pieds à la salle. Il arracha brusquement une fleur, la brandit vers la lune naissante puis, en me jetant un regard plein de haine, il grinça :

« A partir de maintenant, je tue, sur le ring ! »

Je compris alors qu’il était mort.

La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que, de nouveau, corniches et façades défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtres et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé.

 

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Lundi 28 janvier 2008
L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase. Aujourd'hui encore...

... un texte écrit par
Denis, que je remercie d'être là, tout simplement.

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    William Faulkner

    Le bruit et la fureur

    Editions Gallimard, Folio, 1972

   
"A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper."

   
(...)

    "La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que de nouveau, corniches et façade défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtre et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé."




A la barrière entre les vrilles de fleurs, je pouvais les voir frapper.

Les aboiements de leurs chiens nous parvenaient à chaque instant plus perceptibles.

Avec leur bâton, les hommes de tête frappaient les herbes hautes du marais pour se frayer un chemin. Les autres, suivaient, fusil chargé, doigt sur la détente, près à tirer au moindre mouvement de la végétation.

À moins d'un jet de pierre de nos poursuivants, le mince rideau de verdure n'offrait plus qu'un ultime refuge.

Ben était l’infime grain de sable qui avait enrayé une mécanique trop longtemps éprouvée. Moi, j’étais son ami.

L'ordre des choses avait été rompu.

Dans le lointain, le train pour Kansas City annonçait son passage, il fallait faire vite, il ne s’arrêtait pas. Ici, personne ne s’arrêtait.

Nous quittions notre abri de fortune pour courir à découvert et atteindre la voie ferrée. Le train était proche mais derrière nous, les chiens avaient été lâchés. Les fusils crachaient déjà. Toute une vie allait finir ici, dans le bruit et la fureur.

Il avait seulement fallu que Ben l’étranger au clan découvre l’amour dans les yeux de Rachel. Il avait seulement fallu qu’aujourd’hui, Ben l’étranger au clan décide d’offrir une fleur à son aimée.

L’attente d’un wagon ouvert semblait interminable, mais fut récompensée. Nous étions sauvés.

La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tandis que de nouveau, corniches et façade défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtre et portes, réclames, tout dans l’ordre accoutumé.

 

Denis
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Dimanche 27 janvier 2008

Ici, un texte de Patrick Guillot (que je remercie) visible aussi là : Travaux personnels



un texte à dire :
                                       

 

Mesdames ! Messieurs !

 

Oui, vous, Madame… approchez, Madame… et, s’il vous plaît, vous allez me goûter ça,

et je vous le dis : ça ne va pas être tous les jours, que vous en goûterez une pareille !

Et d’ailleurs, vous allez faire mieux que la goûter : vous allez l’éprouver…

Non, ce n’est pas partout que vous en trouverez une de cette qualité.

En fait : nulle part ailleurs ! C’est que, celle-là, elle n’est que pour vous.

Elle vous attendait…

Oui, et - laissez-moi vous le dire tout à fait entre nous - plus je vous vois, Madame,

et plus je suis sûr que vous êtes de ces femmes d’exception…, si cultivées, intelligentes,

et, surtout, sensibles, ah ! si sensibles… en un mot : raffinées.

En un mot : de ces femmes qui, seules, méritent de la bien goûter, comme elle doit l’être.

Oui, approchez-vous, et voyez. Vous pouvez voir : n’est-elle pas belle ?

N’est-ce pas, que c’en est une vraiment belle !

Et, vous vous dites qu’elle est d’un bleu… exceptionnel !

Non, vous ne vous trompez pas. Vous avez bien raison, de vous le dire, qu’un tel bleu…

Non, vous n’en avez jamais connu une seule qui soit d’un si beau bleu, si profond…

C’est bien celle dont vous rêviez… Ah ! une de ces peurs !

Oui, une belle peur - comme vous n’en avez jamais connues, car, celle-là, croyez moi,

j’en suis le fournisseur exclusif : vous ne la trouverez que chez moi.

 

Et ça, c’est est une pour laquelle vous allez vous réveiller la nuit !

Oui, une de ces peurs qui vous font, toute dégoulinante d’une sueur glacée,

vous redresser sur votre lit, et avec une envie de hurler à vous écraser la poitrine…

Oh oui, Madame, c’est une bien belle peur, et que vous pouvez vous offrir sans attendre,

et pour un prix tout à fait modique… Et une qui est bien de chez nous, au moins.

Pas de ces produits frelatés, made in China… ou USA ! Oh non : ma peur,

c’en est une qui est garantie qualité France. Indestructible !

 

Et de la bien gluante… Une de celle qui tient bien au corps, vous voyez ce que je veux dire...

Non, vous n’en trouverez nulle part de mieux collante…

Ah ! si vous me l’achetez, ma peur, je vous assure qu’elle va vous faire de l’usage :

elle est à vous pour la vie. Et vous pourrez même, encore, la léguer à vos enfants,

et pas défraîchie pour un sou, parce que, celle-là, non seulement elle ne s’use pas si l’on s’en sert,

mais, au contraire, plus vous vous en servirez, et plus elle vous servira.

Et elle va vous servir partout ! Et pour vous retenir de sortir dans la rue,

aussi bien que pour vous interdire de rester chez vous.

 

Achetez-moi cette belle peur, Madame...

 

Et, Madame, laissez-moi vous le dire... dans le creux de l'oreille, et je ne le dis que pour vous,

tout à fait en confidence : c'est, d'abord, grâce à elle - la peur de vieillir - que vous resterez jeune...

Oh,  si jeune ! Si longtemps.

Et puis, aussi, vous allez tellement mieux vivre - à force d'avoir peur de la mort...

 

 

Patrick Guillot

 

par co errante publié dans : Ici et là
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Samedi 26 janvier 2008

Un jour, un auteur, inconnu, sans nom, tout juste un pseudo,  eut la surprise de voir passer un personnage entre ses lignes.

«  Mais… Qui êtes-vous donc? », se renseigna-t-il, interloqué.

L’homme bafouilla quelques excuses. Il sembla à l’auteur que les mots étaient tout neufs, dans sa bouche.

« Oh ! Quelqu’un qui a été lâché, par l’un et par l’autre. Je suis nouveau, dans le coin. Pardonnez-moi, je ne suis pas encore à la page… J’ai vu une histoire, alors je suis entré. Je n’aurais peut-être pas dû.

- Mais sachez, jeune homme, qu’ici j’écris des histoires sans noms, des histoires de rien. Et donc, rien qui vaille la peine pour vous.

- Evidemment… Je ne voudrais pas vous créer d'histoires. Alors, je m’en vais. »

L’étranger le salua poliment, regarda à droite, à gauche, et continua sa route, tout droit.

« A l’occasion, repassez… », murmura l’auteur sans nom.




Inspiré de cette (belle) lecture :  Pantomime et...
par co errante publié dans : Un peu, ici
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Mardi 22 janvier 2008

C'est toujours la même histoire. Alors pourquoi l'écrire encore ?

 

Aux mots qui viennent, je leur prédis un grand feu de joie, d'enfer, un feu de dieu et du diable. Ils iront bien où ils veulent. Mine de rien, j’assèche ma plume, elle ne dégoulinera pas. D'un coup de pied, je fausse le jeu des rimes. En douce, j’éclate les stratèges des pensées les mieux placées. En aparté, je déforme les miroirs, les brise et les traverse, calepin au poing. Sans états d'âme, je raye les mots jolis. Je les veux nets et précis.

Ne pas déranger, j'écris. Sur rien. Et surtout rien qui vous concerne. Rien à voir. Je vide mes poches, sous les yeux.

Mots jetés à la volée, j’attrape. Ils ne mènent nulle part.

Page fade, insipide. J'arrache.

 

J'efface.

 

L'histoire était nulle, de toute façon.

 

par co errante publié dans : Presque rien
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Lundi 21 janvier 2008

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                                                                            La vengeance, etc.







- Tu veux que je t'aide ?

- Trop tard !

Allons bon ! Mademoiselle était fâchée. Il y avait de la moue dans l’air. Ce n’était vraiment pas mon jour.

- Euh... Tu t’en es occupée, au fait ? 
Pas même une réponse.

 

Du coup, je n’ai même pas osé lui demander ce qu’elle avait fait de Saperlipopette. Je trouverai bien un coin de terre remuée dans le jardin…

Il faut dire que j’avais manqué de courage pour enterrer mon lapin.  Je m’étais lâchement inventé un client à voir à l’autre bout de la ville. Elle, ne l’aimait pas trop, ce lapin, et de plus, fille de la campagne, me reprochait mon sentimentalisme.

 
- Un lapin dans la maison !  Il y a des clapiers, pour ça ! Mets-le dehors, au moins !

 

Il lui était plus facile de l’enterrer, finalement.

Bon, n’empêche que depuis une bonne heure, c’était le mutisme absolu. Le silence assourdissant, insupportable.  Avec des airs de princesse offusquée, mademoiselle passait près de moi sans me regarder, s’affairait dans la cuisine en refusant mon aide d’un regard de tueuse.

Je n’insistais pas et faisais profil bas dans le salon en feuilletant d’un air dégagé le journal du jour.

 

A table, j’essayais de détendre l’atmosphère :

- Alleeeez, fais pas ta tête de rôti… 

-  De rôti ?

Gagné !  Je l’avais fait non seulement parler mais aussi rire.

- Tu veux dire « Fais pas ta tête de cochon » ? Mais cher ange… Trouves-tu vraiment à cette viande un goût de cochon ?

 

 La bouchée me resta en travers de la gorge.

 

par co errante publié dans : Un peu plus
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Dimanche 20 janvier 2008

Hasard toute !


 

Pile ou face ? Fice ou pale... Pace ou file...

Fille sous pale. Paz et file.

Faces qui défilent.

Passe dans la file. File dans l’impasse.

 

Lasse.

Efface. Et pile.

 

Empile ? Efface ? Effacer n’est pas jouer. Empiler n’est qu’un tas.

 

Pile ou face... Perdre la face. Pas facile.

Un cil et passe. Fasse que ça pile.

Piler menu ? Epi facile.

 

Mais pas de mèche.

Au pire. Ca casse.

 

Coup de pied

 

Pas de jeu. Pas de passe.

Même si tout ne tient qu’à un fil.

 

Pas de pré-face. Et pas de pile.

Le dé, fi, est lancé.

Très loin.

 

Tu ne te défiles.

 

Tu files ailleurs.

 

par co errante publié dans : Presque rien
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Vendredi 18 janvier 2008


Son mari l’a quittée pour une autre.
Je me dis qu’elle n’a pu supporter cette idée. Je me dis qu’elle ne pouvait plus se supporter elle-même, ainsi, les tripes en vrac. Je me dis que l’enfant devenait difficile à contempler, à suivre. Je me dis qu’elle ne pouvait plus avancer. Je me dis qu’elle n’a trouvé qu’une solution : se jeter sous les roues d’un autocar. Plein d’enfants. Elle a agonisé ainsi, les deux jambes sectionnées, et les tripes lui sortant de la bouche.
Et je me dis que j’écris peut-être n’importe quoi.
Je ne suis pas cette femme.
Mais je me dis...
Alors je l'écris.

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Vendredi 18 janvier 2008
Là, maintenant, tout de suite..., je me demande ce que peuvent bien dire vos petits doigts.
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Mardi 15 janvier 2008

L'idée est d’écrire un texte à partir de la première phrase d’un livre, pour finir sur sa dernière phrase.

Aujourd'hui encore, et dans le même temps que guelum, j'écrivais moi aussi à partir de...


Attentat, Amélie Nothomb, Éditions Albin Michel, 1999, LGF, Avril 2007

" La première fois que je me vis dans un miroir, je ris : je ne croyais pas que c'était moi. "
(...)
" Il n'y a pas d'amour impossible. "


undefinedLa première fois que je me vis dans un miroir, je ris : je ne croyais pas que c'était moi.

De mon moi d’avant, je ne savais pas grand-chose. Il paraît :

Que, parce que j’avais une idée fixe, on venait de me faire un lavage de cerveau.

Que, parce que j’avais le cœur brisé, on venait de recoller les morceaux.

Que, parce que j’étais une vilaine fille, on venait de me refaire le portrait.

Que, parce que j’avais perdu la foi, on venait de me laver de mes péchés.

Que, parce que j’avais perdu la boussole, je devais suivre un chemin tout tracé.

Que, parce que j’avais perdu mon temps, il fallait le rattraper.

Et je continue à rire, comme une folle, parce que, malgré tout ça, résonne encore en moi cette petite phrase :

Il n'y a pas d'amour impossible.


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Pour le livre

Face aux menaces contre le prix unique du livre, les professionnels et les lecteurs se mobilisent

 ici



Je serais vous...

Je serais vous...


j'irais faire un petit tour du côté de chez mimidup...








puisque pour la 3ème année consécutive, À quoi rêvent les filles ? vous invite à participer à son concours d'été. Cette fois, le thème proposé est :


 L A   R É C I P R O C I T É

 

Pour participer au concours, il vous suffit de lui envoyer un texte (poésie, prose, nouvelle, pensée...) avant le 30 juillet 2008

 

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