Va savoir... (5)
Duo Ludovic Kaspar (Rollerpen), co
errante
(octobre 2006)
Épisode 5
[...]
Sa réponse se veut aussi sèche que possible, afin de couper court à toute autre réflexion ou tentative de discussion.
Pas possible ! L’homme semble s’enorgueillir de l’intérêt qu’il est certain d’avoir suscité auprès d’elle ! Il la regarde avec l’air amusé de celui qui sait. Rejoue à l’écrivain un moment, griffonnant quelques mots. L’observe de nouveau, tout en gardant cet air ridicule de savant réjoui. Se replonge dans ses écrits. Puis se tourne vers elle, alors qu’elle se prépare à quitter les lieux, agacée par la suffisance et la préciosité du personnage.
— J’ai eu un trou, tout à l’heure... Mais peut-être pourriez-vous m’aider. Ces yeux-là doivent savoir…
Ces yeux-là ! Mais c’est qu’il la drague ! Seulement imagine-t-il que ces yeux-là le fusilleraient presque, tandis qu’il tourne fébrilement une puis deux pages de son carnet et pointe maintenant un doigt vainqueur sur une ligne :
— Voilà… Qui donc a écrit : « La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité. » ? Joli, non ?
— Ah oui… Le genre de phrase qu’on écrit sur son classeur, au collège…
Elle a ponctué sa réplique d’une petite, toute petite pointe d’ironie dans le regard. Et d’un sourire.
Touché ! Il la contemple, médusé. Et tandis qu’elle se lève et lui souffle un « de Musset… » en se retournant d’un air faussement navré, elle sait qu’elle a appris quelque chose : ce type est vraiment un con. Oui. Elle sait maintenant que son impression première était la bonne.
Et c’est rarement la dernière qui vient l’infirmer.
Entre nous