Henri Michaux, Éclatements, 1954, encre
Mots doux, trente-sixième dessous.
Les mots durs fusent, disloquant les mots doux.
Je tente de ramasser ces derniers, déconfits, désarticulés, bien mal en point, jetés à la ligne.
Mais mon aide les affole. Je les repose et les regarde se perdre, impuissante. Ils ne se retrouvent pas, ne savent plus se reconstruire. Certains s’éteignent lentement, s’effacent, d’autres se
traînent ici et là. A bout de mots.
Les plus forts d’entre eux s’obstinent à murmurer, tandis que s’acharnent, sifflent et crachent toujours les mots durs. Des salves de mots mitraillettes ont transpercé en plein cœur, des mots
missiles les ont explosés. Mots najas contre mots naïfs... Le poison a fait son effet.
Les mots doux blessés, silencieux, se serrent à présent en un tas informe. Des pulsations font vibrer les mots tus. Le tas continue de battre doucement
Les autres paradent, continuent à jouer aux durs. Je pourrais les envoyer valser à coup de rimes acerbes. Mais sans répondant, ils s’empoisonneront bientôt tout seuls.
L’ignorance choisit son camp.
Je veille. En silence. Et je sais pourquoi.
puisque pour la 3ème année
consécutive, À quoi rêvent les filles ? vous invite à participer à son concours d'été. Cette fois, le thème proposé est :
L A R É C I P R O C I T É
Pour participer au concours, il vous suffit de lui envoyer un texte (poésie, prose, nouvelle, pensée...) avant le 30 juillet 2008
Entre nous