...juste la musique...
On... musique
Off les mots
Trop de mots dans la tête. Entrechocs. Silence hurlant. Geste salutaire, presque un réflexe de survie... On
musique… Avec tambour et trompette, mettre les mots en sourdine. Bémol en tête. Fugue en musique. Des sons en tous sens. Partir là-bas. Vois, là… Tu es là-bas. Se fondre. Sans se confondre. Tu
oublies le coûte que coûte, tu deviens juste écoute. Piano mais toujours crescendo, les do et autres sont devenus majeurs. Tu ne te perds plus à cor et à cri. Ici le cor résonne, sonne les
plaintes, hausse le ton. La lyre du poète ne délire plus sur les maux. Elle s’accorde juste avec d’autres notes. Accords volés en diapason. Bleus soignés à coups de musique. Les couteaux enfoncés
dans les plaies fondent sous les pointes lancinantes en blues. Baume à contretemps. La dissonance se fait précieuse. Le tempo rythme l’oubli. Le la est ici, maintenant. Tu te retrouves. Soupir
esquisse sourire. Tu respires. La corde était là, tu t’y es suspendu et tu vibres enfin, l’accord est parfait. Tu as trouvé le point sensible, la balance exacte entre malaise et dièses. La clé
était la bonne. Au point d’orgue, tu es tout musique. Le monde est volutes d’air à mille temps, du temps oublié, des tant de mots en souffrance. Vol en notes libératrices. Enfin le silence te
regarde, apaisé, vidé. Calme. La plage était belle. L’amer s’est retiré.
Souffle…
A toi de jouer maintenant. D’écrire tes propres accords. Majeurs ou mineurs.
Mais en accord avec l’âme.
Justes.
par co errante
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Les mots doux se susurrent à l’oreille au moment où tu t’y attends le moins. Alors que ton regard est perdu, courroucé,
confiant ou fermé, ailleurs ou ici, mais assez proche d’eux pour que tu les entendes. C’est comme ça, les mots doux : ils sortent sans prévenir, la nuit ou le jour, et se posent là,
s’offrent, s’épèlent, te disent, t’appellent, se trouvent, te découvrent, te couvrent. C’est juste leur moment. Ils te regardent, ensuite, pleins de leur nudité, et se nourrissent ou se meurent
d’un simple silence. La suite t’appartient. Tout simplement.
Les mots doux peuvent faire chavirer ou se noyer. Quelle importance, finalement ? Ce ne sont que des mots doux. Un peu
innocents…
par co errante
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Henri Michaux, Éclatements, 1954, encre
Mots doux, trente-sixième dessous.
Les mots durs fusent, disloquant les mots doux.
Je tente de ramasser ces derniers, déconfits, désarticulés, bien mal en point, jetés à la ligne.
Mais mon aide les affole. Je les repose et les regarde se perdre, impuissante. Ils ne se retrouvent pas, ne savent plus se reconstruire. Certains s’éteignent lentement, s’effacent, d’autres se
traînent ici et là. A bout de mots.
Les plus forts d’entre eux s’obstinent à murmurer, tandis que s’acharnent, sifflent et crachent toujours les mots durs. Des salves de mots mitraillettes ont transpercé en plein cœur, des mots
missiles les ont explosés. Mots najas contre mots naïfs... Le poison a fait son effet.
Les mots doux blessés, silencieux, se serrent à présent en un tas informe. Des pulsations font vibrer les mots tus. Le tas continue de battre doucement
Les autres paradent, continuent à jouer aux durs. Je pourrais les envoyer valser à coup de rimes acerbes. Mais sans répondant, ils s’empoisonneront bientôt tout seuls.
L’ignorance choisit son camp.
Je veille. En silence. Et je sais pourquoi.
par co errante
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Je ne joue pas. Ou alors avec moi-même. Mais jamais avec les autres. Jamais contre les autres.
Jouer n’est pas mon fort. Les atouts, à tout prix, ne me disent rien. Je veux bien perdre mon âme, mais pas au jeu du je joue pour mieux te
tuer.
D’ailleurs, je suis déjà morte depuis longtemps. Même pas drôle.
Je veux bien juste me rappeler de quand j’étais vivante. Quand le nain ne riait pas jaune, quand les petits chevaux faisaient des bonds de
cabris, quand à trois il faisait soleil, quand les balles étaient pour de faux, quand le labyrinthe avait une sortie, quand le loup n’y était pas, quand les cordes étaient élastiques, quand les
billes ne roulaient pas, quand Colin ne me trouvait pas pour mieux m’enfermer encore, quand l’exquis n’était pas cadavre. Quand le jeu n’était pas mortel.
Sérieux. Je ne joue jamais aux jeux de l’ego. Juste aux jeux pour rire. Même aux larmes. Mais pour de vrai. Sans les masques.
par co errante
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Je suis allée acheter ton parfum, aujourd’hui. Celui que nous aimons, tous deux, celui que j’ai respiré tant de fois en humant ta peau,
celui qui parfume mes nuits et dont les soudains effluves me font vaciller encore et toujours au hasard des anonymes croisés. J’ai acheté ton parfum parce que je t’aime ainsi.
J’ai acheté ton parfum, aujourd’hui, pour l’offrir à un autre. Comme ça, tu es encore un peu là.
Je me déteste, je nous déteste, et m’en souviendrai longtemps.
par co errante
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Celui-là doit mourir. Je le décrirai donc brièvement.
Gentil, beau, et amoureux.
Je le mène jusqu’à cette rue. Sombre, déserte. Il est de bonne humeur. Fatigué mais heureux. Pressé de rentrer chez lui pour…
mieux me rencontrer, mais il ne le sait pas. Lui, ne pense qu’à cette fille. A lui téléphoner, en prenant, tiens pourquoi pas, un verre de whisky. Il monte les escaliers d'un immeuble cossu,
entre chez lui. Détente et sensualité. Chaleur d’une voix, d’un alcool. Plaisir de l’attente. De la prochaine gorgée, de la prochaine visite. Car la fille va venir. Mais je suis là, moi aussi.
Rester impassible.
Je regarde sa main caresser le chat. Sa main fine, mélodieuse, qui joue en silence de jolies notes sur le dos du chat.
J’écoute sa main. Elle me plaît. Et j’entends le chat ronronner.
Mais je dois passer à l’action. Le cœur battant. Serrer des dents. Ne pas flancher. C’est mon plan, c’est maintenant. Ma main
inscrit sa mort. Je frappe, je le regarde tomber au fil des mots, le couteau est planté. En pleine page.
Même pas mal…
par co errante
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Entre nous