Vendredi 11 juillet 2008

Elle s’en balance, elle s’en balance… la petite fille sur la balançoire…
Elle écoute le vent qui siffle et rosit ses joues. Tout là-haut, son cœur se serre, tombe puis s’élance à nouveau vers le ciel. Ses pieds  poussent encore un peu plus loin les nuages blancs puis ses genoux fléchissent, son corps bascule en avant pour rejoindre un peu plus vite la cime des arbres. Ciel… arbres, ciel… arbres.
Oui, elle s’en fiche pas mal la petite fille sur la balançoire…
La piscine était bleue, elle aussi. Aussi bleue que le ciel. Et la bouée blanche ressemblait à un nuage.
Son regard se perd dans le vague. Toujours plus haut, dit son corps.
Dans la piscine, il y avait aussi des vagues.
Toujours plus haut… Alors elle tire sur ses bras, elle pointe du pied ce nuage tout là-bas. Bientôt, elle l’atteindra.
L’homme est entré dans la piscine. Il lui a souri. Elle, elle s’en fichait, de lui. Elle, elle jouait.
Ciel, arbres. Ciel, arbres. Nuage… presque… Nuage… presque…
Quand il est arrivé près d’elle, de l’eau jusqu’à la taille, il l’a regardé drôlement. Et puis il a voulu jouer avec elle.
Elle fixe le nuage. Bientôt…
C’était un drôle de jeu. Elle a eu du mal à repousser les mains. Un jour, elle a vu un oiseau pris dans les mailles d’un filet. Ca devait lui faire comme elle…
Mais maintenant, même pas mal…
Ciel, arbres… Ciel… nuage… presque… Arbres… Nuage ! Son pied le touche enfin.
Prête !
Elle lâche, elle s’envole. Comme l’oiseau.
Même pas peur.

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Dimanche 11 mai 2008


Offre d'emploi

Ah, le syndrome de l'auteur...
Cherche petit rêve agaçant. Poste à temps plein et plus si affinité. Correctement rémunéré, salaire négociable. Sexe indifférent. Les dames peuvent répondre à l'annonce et correspondre au profil. Là n'est pas la difficulté. Il s'agira d'amuser ma plume, de visiter mes sourires, troubler mes sens, permettre mes divagations. Il conviendra de murmurer à mon ventre voire un peu plus bas,  souffler à mes oreilles un air de flûte traversière. Pipo non admis. Il sera en revanche impossible de consulter le roman précédent. J'en ai doucement tourné les pages, une à une. L'histoire est terminée, le livre est rangé, les livres se rangent, sur des rayons de fortune, des étagères glorieuses, dans les cartons au secret des greniers. Rangez-les où ça vous arrange sans vous déranger.
Hier ou le mois dernier mais certainement pas demain, j'ai congédié ma muse (pour incompatibilité d'humeur, c'était inattendu).
Alors si ça vous chante... Wanted.


Pablo Picasso
Le rêve, 1932

 



Cath
Acteplume




Lettre sous pli non recommandé


Par la présente, absente, je me permets de vous recommander de ne pas me recommander. Je suis une avare de mots, pas fine et fainéante, une muse pas marrante, une associée associable, une auteuse malheureuse. Tout en moi vous desservirait. Je n’aime pas m’abaisser pour relever des défis et suis même capable du contraire, à savoir m’élever contre tout  pour foutre en l’air des idées. J’ai la plume dure, rêche, noire et terne, voire s’éternisant sur des sujets peu clairs. J’ai horreur de la flûte traversière, lui préférant les li d’écriture très cons. Je mettrais un point d’honneur, là où vous n’y verriez que fourberies. Et n’écrirais que deux points alors qu’il faudrait en lire beaucoup plus. Ma curiosité est mal placée, je ne trouve toujours que ce qu’il ne faut pas. Vos livres seraient ainsi dénichés et qui sait, ignorés, ou déchirés, ou délogés puis adorés en un gros feu de joie. Je suis dérangée, n’ai aucune notion du temps, du tant, suis toujours dans le trop ou pas assez, ici, ailleurs ou là-bas et aussi là où on ne m’attend pas. Allez donc voir si j’y suis, pour m’éviter, moi qui vous ferais chanter. Pas la peine de me chercher, je ne vous serais d’aucun salut. Là est votre salut.

Pablo Picasso
Femme aux bras croisés, 1902




co errante
(ma participation, chez Cath, à un appel à texte à la lumière de ce très bel "Offre d'emploi")



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Samedi 10 mai 2008
Le texte "Se sentir mal" a inspiré Denis


Dans les rues, ce matin, flottait une odeur que je connaissais bien… Celle de mon parfum, celui dont elle m’avait dit être tombée amoureuse, le jour de notre rencontre. Je n’étais donc qu’une odeur, agréable certes, mais juste une odeur. Et ce matin, elle inondait la ville, celle de notre rencontre. J’étais heureux,  ma présence désormais l’accompagnerait partout… Et moi, j’étais enfin libre. La liberté n’a pas d’odeur.


Denis
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Dimanche 27 avril 2008

Ici, c'est la nuit et là-bas, le jour.


La scène est peu éclairée. Milieu d'estrade, au premier plan, à droite, on distingue une jeune femme, assise sur un banc. Elle regarde une sculpture de pierre blanche, sur socle : un homme et une femme. On les voit de dos, trois quart profil. L'homme est derrière la femme, la tête légèrement penchée sur le cou de la femme, ses bras enserrent le haut de son corps, les corps sont étroitement mêlés, la femme semble tenir ses mains. Ils regardent loin devant.

Deuxième plan, fond de scène, une silhouette enveloppée de pénombre ; on devine une femme, immobile, assise derrière une table. Elle semble tenir un crayon.


Éclairage sur la sculpture. Éclairage plus modéré sur la jeune femme. Elle parle (voix off). L'autre femme, toujours dans l'obscurité, semble l'écouter, elle bouge parfois légèrement.


Elle (voix off) : Il lui raconte ce jour où ils ont chacun secrètement souhaité, à la même seconde précise, ne jamais être séparés. Le jour où, par quelque magie provoquée par ces pensées pures, ils sont devenus de pierre, posés ainsi, à jamais enlacés. On ne les voit pas bouger, mais à qui sait voir mieux, ils sont vivants, ici, dans ce jardin et ailleurs, n'importe où. Là où ils vont. Là où ils sont. Ensemble et libres à jamais. (long silence) En ce moment, ils sont devant la mer... Il lui murmure encore et encore leur histoire puis la couleur de l'eau et celle de ses yeux, il n'a pas oublié de lui raconter ce qu'il avait promis de lui raconter, un jour, il lui fait entendre, ailleurs, la grive musicienne, les notes qu'elle invente pour eux, il lui décrit, au bord de cette rivière, les nuages qui ne passent que pour eux et jamais n'annonceront l'orage, elle lui montre là-bas, l'horizon, lui dit qu'elle n'irait jamais là-bas, sans lui, et si on allait dans une ville. Ils sont dans la ville maintenant,  sur une place, peu importe son nom aujourd'hui, ils avaient juste envie de regarder les gens passer. Il lui raconte l'histoire de celui-ci, qui n'a jamais vraiment aimé, et l'histoire de celle-ci, qui bientôt ne sera plus, par amour. Elle pleure pour elle. Il baise ses larmes puis, après avoir survolé mille pays, mille histoires, après mille autres caresses, mille autres nuits, ils se retrouvent là, à nouveau, et je vois bien qu'ils ne me voient pas. Je sais bien que personne ne me verra plus.


Un homme, jeune, fait son entrée, au tout premier plan de la scène, côté droit. Il marche lentement puis s'arrête, regarde la jeune femme.


Lui : Elle ne me voit toujours pas. Elle est ailleurs. Mais où ? Qu'on me le dise, que je mette en travers de son chemin, qui ne mène nulle part ! Qu'elle me regarde, enfin !


La lumière éclaire un peu plus la femme, au second plan. La femme semble trembler. Elle se lève et se rassoit. La jeune femme la regarde. La femme la regarde puis se tasse sur sa chaise. La jeune femme se lève. Le jeune homme et la femme la suivent tous deux des yeux, elle passe devant lui, sort. Il lève les bras dans un geste d'impuissance puis baisse la tête tandis que la femme pousse un long soupir et que s'éteint la lumière sur sa silhouette. Rideau.


Je clique. Seule la lumière bleutée du témoin du pc en veille traverse la nuit.

 

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Lundi 7 avril 2008

 

Histoires de vampires, dépassées, dites-vous ? Je suis loin d’être un spécialiste de la littérature science-fiction ou gothique mais vos propos m’ont interpellé. Aussi, je vous remercie d’avoir accepté de continuer notre petite discussion ici. En tant qu’habitué du site, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue... Ainsi, vous êtes nouvelle ? J’espère que vous vous y plairez. Le tchat est très pratique, non seulement pour discuter plus avant sur des sujets tels que celui-ci, mais aussi pour faire plus ample connaissance, qu’en pensez-vous ? Je dois dire que je m’ennuyais terriblement. Mes amis ici sont absents. Oui, j’ai beau cliquer et re cliquer, nulle trace d’eux. Mais je vous ai lue. Bavardons donc un peu si vous le voulez. Avez-vous le temps ? Pour ma part, je suis plutôt du genre insomniaque. Oui, la nuit est propice au calme. Revenons-en, donc, à nos vampires... C’est un genre littéraire ou cinématographique que je connais effectivement peu. Mais l’histoire du comte Dracula a toutefois fait partie de mon imaginaire d’enfant. Il m’a terrifié et en même temps... comment dire ?... ému ! Ceci est le propre du vampire, me direz-vous ! Effrayant et attirant à la fois... Comme il nous ressemble, à vous et à moi, finalement.... Vous riez ?... lol, vous avez raison... Je vous entendrais presque !....Votre rire est si cristallin ! Cela vous paraît étrange ? Mais j’ai peut-être des pouvoirs que vous ne soupçonnez  pas ! (rires)
Allons, revenons à nos moutons... Avez-vous d’ailleurs remarqué comme la lune est belle, ce soir ? J’adore les nuits de pleine lune ! Oui, je dis "d’ailleurs" puisque les moutons m’ont fait penser aux loups et les loups hurlant à la pleine lune... loups-garous... vampires... Il n’y a qu’un pas à franchir... Cette nuit de pleine lune durant laquelle nous nous complaisons à parler de ces personnages... fictifs ?... Peut-être bien. Comment savoir finalement, si ce n’est en étant confronté à l’un d’entre eux ? Vous riez encore... Cependant, si vous aviez à sortir dans votre jardin, là, maintenant, votre assurance serait moindre, non ? Vous voyez bien... Il reste toujours en soi une part de doute quant à l’existence de ces personnages dont on se gausse comme pour mieux se rassurer… Comme je vous le notais dans le post, j’ai en effet dans mes archives un document qui pourrait vous intéresser. Voulez-vous que je vous l’envoie ? Vous pourrez ainsi en juger par vous-même... C’est parti... Alors, qu’en pensez-vous ? Oui, je dois dire que je suis moi aussi toujours très troublé à la vue de cette photo. Le regard de cet homme a quelque chose de très spécial, n’est ce pas ? Notez bien la légende : le vampire des temps modernes, mythe ou réalité ? Revenez maintenant sur la photo. Quelle est votre impression ? Mythe ou réalité ? Mais alors, pourquoi vous sentez-vous comme hypnotisée par ce regard ? Vous ne répondez pas. Détachez donc votre regard du sien. C’est difficile, n’est ce pas ? Pourtant, vous allez regarder à présent, si vous le voulez bien, en haut de votre écran. …Voyez cette araignée, tout là-haut, à droite. Voilà... brrrr… oui, à côté de mon pseudo... Avez-vous peur des araignées ?... Je comprends. Vous êtes troublée... Tétanisée... Laissez donc vos jolies mains pianoter sur le clavier. Elles le connaissent. Là, c’est bon, j’entends ce son bien charmant... Cette araignée est inoffensive, pourtant. C’est juste une toute petite image. Arachnophobe... Elle vous glace le sang ? Ce serait dommage... Je suis désolé, je vous ai fait peur... Détendez-vous, la lune est si belle ce soir. Regardez comme elle scintille, comme elle semble nous protéger, l’univers n’est-il pas fantastique ?... Je trouve que cet adjectif s’applique on ne peut mieux ce soir... Du topic littérature à notre discussion sur les vampires sous un ciel bleu nuit constellé d’étoiles toutes se jalousant les faveurs de la lune, elle-même appelant les créatures surnaturelles. Et nos cous, nos yeux se tendant vers ce spectacle. Féerique... Dommage que les contes de fée n’existent pas. Vous y croyez ? Je suis sûr que vous attendez le prince charmant... C’est bien normal, on préfère tous croire plutôt aux contes de fées, qu’aux histoires de vampires ! Cela est plus poétique, moins effrayant. Le rêve est enchanteur. La réalité, beaucoup moins... Et la virtualité, dans tout cela ? Elle est un mélange des deux, peut-être. Virtuel... Vire tu elle ? V ire tue aile. Vire tue aile. Vire tue Elle. V(amp)ire tue Elle. Le rêve rejoint la réalité... Non, c’était juste un aparté. C’est fou ce qu’on peut imaginer avec ce mot, virtuel. Eh oui, j’aime m’amuser avec les mots, à contre maux. Tiens, l’araignée a changé de couleur. De rouge, elle est passée à noire. Étonnant, non ? Peut-être une araignée vampire, en manque de nourriture !... Une araignée v(amp)ire qui tue Elle... lol... Hmmm... Je sens votre parfum, d’ici. C’est fou comme l’émotion en libère les effluves. Bien sûr que je le sens. Je parierais pour ce dernier… sorti chez Dior... Gagné ! lol… Regardez à nouveau la photo. Voyez comme ses yeux brillent. On devinerait une esquisse de sourire, n’est-ce pas ? Allez, je vous dis tout et ceci restera à jamais entre nous... Cet homme, c’est moi. Et je suis un vampire ! lol. En ai-je l’air ? Votre silence est éloquent. Voyez l’araignée, à présent. Elle descend doucement le long de nos écrans respectifs. Je dois avouer que je souris à présent en songeant à votre vision surannée des vampires. Les pensez-vous toujours lovés dans leurs grandes capes, blafards ? Ils savent vivre avec leur temps, vous savez... Enfin... le nôtre. Hé oui, le vampire évolue, s’adapte. On ne les voit pas ? Et pourtant, ils sont bien visibles, pour qui sait voir. Regardez-moi… Ah, magie de la webcam ! Je suis un vampire informel, certes, virtuel, mais un vampire bien réel et... de rêve, avouez-le ! Je pourrais représenter le prince charmant, n’est-il pas ? Oui, je sais, cela n’apparaît pas modeste de ma part, mais il faut dire que j’entends cette phrase depuis tant et tant d’années... que j’ai réussi à m’en persuader ! (rires) Et mes conquêtes sont nombreuses, savez-vous ! Cette araignée est mon idée et le fruit d’une longue réflexion et d’études passionnantes et j’avoue qu’elle fonctionne à merveille... Internet est une mine inépuisable pour qui veut trouver quelques solitudes errantes, c’est bien ma veine si je puis me permettre cette plaisanterie quelque peu tirée par les... fils ?... Cette toile est un trésor de nourriture virtuelle mais pour moi bien réelle... J’ai pris la forme d’une araignée et je tisse ma toile au sein de la vôtre. Nous allons faire connaissance, ma belle, et je dois dire que je suis fort impatient. Vous n’avez plus rien à dire, rassurez-vous. Regardez-moi arriver, tranquillement, sagement. Me voici. Vous voyez, l’araignée s’est transformée en prince charmant. Qu’en pensez-vous ? La photo est-elle ressemblante ? Il semblerait que je sois encore mieux de visu. Les yeux de mes jolies victimes ne savent mentir même si la parole est muette. Et comme les autres, toute aussi désirable, vos yeux plongent dans les miens tandis que je fonds déjà à l’idée de mes lèvres affamées sur votre cou. Ola, ma belle ! Je suis votre vampire en ce joli soir de pleine lune. Me croyez-vous, maintenant ? Internet est un merveilleux outil de savoir pour peu que l’on sache bien l’utiliser. Vous avez la preuve ce soir que nous existons bien. Cela vaut bien un baiser, jolie esseulée ? Laissez-moi me connecter à présent sur votre si gracieux port de cou... plus attirant que tous les ports USB les plus sophistiqués... Fin du tchat. mdr, morsure de rien, lol, légère, oh (si) légère.

 

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Samedi 22 mars 2008




Commencer. Il fait tout blanc, ici.

 

 

 

 

 

Il faudrait mettre des arbres, des moutons et un train. Et puis aussi

encore des arbres, quelques maisons et un étang. Puis une voiture, ou un hangar, au loin. Et un bois, qu’on pourrait aimer trouver. Un ciel bleu, rose et orangé. On laisserait un peu de blanc pour l’herbe gelée des prés. Et peut-être, on pourrait imaginer un paysage. Comblerait-on le vide ?

 

 Mais bientôt, on ne verrait plus rien, puisqu’on serait dans ses pensées.

Et là, c’est plus compliqué. À vivre, ou à écrire.

Parfois aussi, on rajouterait de la musique, pour changer de ce fond sonore de machine lancée, pour vagabonder ailleurs que dans une tête qui vous tient tête. Mais la musique ne l’entend jamais de cette oreille. Elle parle aux émotions, qui en rendent compte inéluctablement à votre tête.

Et ça devient encore plus compliqué. Alors, on le taira. 

 

On descendra, enfin, plus ou moins debout.

 

Plus ou moins.

 

Ou

 

Ni plus, ni moins.

 

On continuera.

 

 

 

On recommencera

 


 




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Lundi 3 mars 2008

1ère heure :
1h. Un homme averti en vaut deux... ça, je devrais le savoir, depuis le temps que ma femme me le répète. Et le café, le soir, ça empêche de dormir. Et en plus, tu me réveilles... Ah ! Tu vas être en forme demain ! M’étonne pas que M. Demaille râle...

2ème heure :
2h. Si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous les deux. Celui-ci, c’était le dicton préféré de ma mère. Je me le suis rappelé en me faufilant dans la nuit de la maison. Impression de n’être jamais comme il faut.

3ème heure :
3h. Affalé devant un verre d’eau, j’ai passé le temps en observant très minutieusement le moindre objet de la cuisine, la plus petite tache sur les murs aux motifs "cerises". C’est con, les cerises, sur un mur... Penser à retapisser un de ces jours... Penser d’abord à trouver le sommeil. Demain, je bosse. Debout à 7 h, bon dieu de bon dieu... Dieu..., dit aussi un autre dicton de ma mère, aide à trois personnes : aux fous, aux enfants et aux ivrognes. Merci maman, merci mon dieu ! J’avale coup sur coup trois verres de la bouteille de vin entamée. Plus un p’tit dernier pour la route.

4ème heure :
4h. Je tue Demaille. Il a les quatre fers en l’air.

5ème heure :
5h. Cela fait les cinq colonnes à la une, je suis un héros.

6ème heure :
6h. Thérésa se lève, comme tous les matins, à 6 heures tapantes, hurlantes.

7ème heure :
7h. Au prix d’un effort sur-humain, accomplir les sept premières tâches de la journée : me lever, me laver, m’habiller, prendre mon café, laver mon bol sans oublier le couteau et la petite cuillère, prendre ma serviette et fermer la porte à clé.

8ème heure :
8h. Et comme tous les matins, même galère, même embouteillage. 8 minutes sur place.

9ème heure :
9h. J’ai salué M. Demaille vêtu d’un complet tout neuf.

10ème heure :
10h. Le démarchage ne marche pas, malgré la dizaine de coups de téléphone passés à d’éventuels clients. Va falloir jouer serré.

11ème heure :
11h. Pause café, "le bouillon d’onze heures", sous l’œil hargneux de Demaille.

12ème heure :
12h. Ce midi, steack-nouilles à la cantoche. Fred, qui lui foutrait bien également douze balles dans la peau, a comparé Demaille au plat de pâtes : "gluant..."

13ème heure :
13h. Re-café, et re-café. Comme les huîtres, ces temps-ci : treize à la douzaine.

14ème heure :
14h. Demaille m’a convoqué. Je suis au quatorzième dessous, deuxième étage, porte 228. Du chiffre ou viré ! Ce client, il va falloir l’avoir, a éructé la nouille gluante. J’en aurais presque rit, en pensant à Dédé. J’ai également pensé aux taches sur les murs de la cuisine.

15ème heure :
15h. J’ai eu beau en faire passer quinze pour douze, le client ne s’en est pas laissé compter. La nouille gluante va me coller au train. J’partirais bien en vacances.

16ème heure :
16h. Demaille est ventre en avant. Premièrement, je vous avais prévenu. Deuzio, je suis très déçu. Tierco, les chiffres de la société... bla bla bla. Il n’y a que Demaille qui m’aille pas et qui vomit ses chiffres et sa haine, et seizièmement, je m’en vais sans même claquer la porte. Fatigué.

17ème heure :
17h. Fatigué et euphorique. La maison est calme. J’écoute Roméo et Juliette, op. 17, de Berlioz.

18ème heure :
18h. Thérésa est rentrée. Ce soir, on mange des lasagnes congelées, pas cher, 4,18 euros la boîte, j’en ai pris trois.

19ème heure :
19h. On mange des lasagnes congelées décongelées au bout de 19 minutes.

20ème heure :
20h. Les infos. On entend ne rien changer. Vingt morts dans un attentat.

21ème heure :
21h. Après très exactement vingt et une minutes de pub, le film commence. Café.

22ème heure :
22h. Thérésa commente le film toutes les vingt-deux secondes. Fatiguant.

23ème heure :
23h. Magazine société. Intermittence et précarité. Vingt-trois minutes de débat stérile. La culture à la télé.

24ème heure :
24h. Thérésa est partie se coucher. Tu viens pas ? Non, demain, c’est Samedi, j’bosse pas. N’oublie pas, demain samedi 24, contrôle de la voiture. Thérésa pense à tout.

25ème heure :
1h. D’ailleurs, y va peut-être pas me virer. Bon, une chance sur deux. Le mot chance me fait sourire.

26ème heure :
2h. Je lis "La Terre des deux promesses", d’E. Habibi, et Y. Kaniuk.

27ème heure :
3h. M’en fous, j’en profiterai pour refaire la tapisserie. En trois coups de cuillères à pot... Je me tourne et me retourne dans mon lit.

28ème heure :
4h. Quatre pelés et un tondu sont à mon enterrement. Thérésa est une belle veuve. Demaille est là qui lui propose de refaire la tapisserie de la cuisine. Thérésa lui dit qu’elle a des lasagnes dans le congélateur.

29ème heure :
5h. Je ressuscite, mais la voiture refuse de démarrer. Pierre, tu vas être en retard ! Thérésa dit que c’est normal, pas même une voiture ne se laisserait mener par un irresponsable de mon genre. Thérésa est morte de rire. Je l’ai tuée de cinq coups de truelle. Je suis en sueur.

30ème heure :
6h. Thérésa se lève à six heures tapantes, hurlantes.

31ème heure :
7h. Elle chausse ses bottes de sept lieu, c’est le grand ménage du samedi. Le grand bordel aussi.

32ème heure :
8h. Huit heures ! Debout ! N’oublie pas le contrôle de la voiture qu’est à dix heures. Thérésa pense à tout.

33ème heure :
9h. J’entreprends les cinq tâches du samedi : me lever, me laver, m’habiller, prendre mon café, laver mon bol sans oublier le couteau et la petite cuillère. Je sors et me dirige vers la R.9 blanche payée à crédit.

34ème heure :
10h. La voiture refuse de démarrer. Thérésa est là, chaussons élimés aux pieds, le monde s’est écroulé. Ah évidemment, maintenant tu l’as noyée. Mais qu’as-tu dans le crâne. Faut vraiment être irresponsable pour noyer ainsi sa voiture le jour d’un contrôle, et bla bla bla, bla bla bla. Je sors de la voiture, lui balance les clés avec un grand sourire, rentre à la maison et ferme le verrou derrière moi. Thérésa s’est d’abord mise à taper contre la porte en m’insultant au moins une dizaine de fois, puis le silence...

35ème heure :
11h. "Onze heures ! Le facteur doit être passé ! Faut que j’y aille, aussi ?..." aurait crié Thérésa. Il n’y a qu’un courrier, à en-tête de la société, "Monsieur, nous sommes au regret, bla bla bla...". Tout en sifflotant, j’ai commencé à déchirer consciencieusement, petit morceau par petit morceau, la tapisserie de la cuisine. Finalement, je vais plutôt peindre.

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Jeudi 21 février 2008

undefinedUn corps s'étire. Le corps resterait bien au lit. Le corps est encore fatigué. Le corps est toujours fatigué depuis quelque temps. Le corps a une vague idée de ce qui ne va pas. Son âme lui pèse trop. On appelle ça vague à l'âme. L'âme en mal-être investit la moindre parcelle de sa chair, de ses os, de ses viscères. Elle palpite, prend le chemin des veines, s'introduit subrepticement dans son crâne, heurte et fausse les synapses, choque les neurones, susurre à l’homme de s'asseoir alors qu'il lui faudrait se lever, de se taire alors qu'il lui faudrait parler, de pleurer alors qu'il ferait bien d'en rire. Son âme le ronge. Le grignote, l'amenuise, l'affaiblit. Une minute pèse déjà trop dans la balance de son équilibre. L'homme étouffe. Ses cris, ses gémissements, ses plaintes. L'air de rien, mine de rien, il fuit les miroirs. Il existe de moins en moins. Alors, le corps lâche : maladie, folie, suicide, peu importe. Pourtant, ce matin, la vie ne l'a pas entendu ainsi. La vie s'est accrochée à l'âme, l'a bousculée puis s'est mise à son chevet et l'a prise par la main. Une femme, un homme, peu importe. Mais la vie lui a parlé. En silence d'abord. En murmure, ensuite, elle a mis en lumière puis tamisé les maux de l'âme. Les maux sont devenus mots. L'âme revient à la vie. Elle se fait plus légère, libère le corps de trop d'emprise, prend sa place, sa juste place. L'âme est redevenue aimante. L'homme enfin aujourd'hui se sourit.


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Vendredi 15 février 2008

 

Trois notes.
 

Juste trois notes.

 

Simplement trois notes.

 

Trois notes toutes simples.

 

Trois jolies notes.

 

Et leur suite.

 

Pour finir sur trois notes.

 

Juste trois notes.

 

Simplement trois notes.

 

Trois notes toutes simples.

 

Qui ne me cassent pas en deux.

 

 

 

Deux notes alors

 

Au moins deux notes.

 

Deux petites notes

 

Deux notes toutes simples.

 

Même en bémol

 

Même en sourdine.

 

Juste deux notes

 

Deux notes légères.

 

Deux notes pour un ailleurs

 

Même de temps en temps.

 

D’un temps qui n’embrume pas.

 

 

 

Ou même une seule note

 

Juste une note

 

Une toute petite note.

 

Minimaliste

 

Répétitive

 

Noire ou blanche.

 

Mais une note

 

Une note pour rien

 

Une note comme un accord.

 

Une note sans conditions

 

Une note qui n’isole pas




 

Juste 

 

Juste fuir

 

Ce silence

 

Partition sans clef




Note de moi : suite (et fin) de "Suivre", alors. Merci guelum.

 
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Lundi 21 janvier 2008

undefined


                                                                            La vengeance, etc.







- Tu veux que je t'aide ?

- Trop tard !

Allons bon ! Mademoiselle était fâchée. Il y avait de la moue dans l’air. Ce n’était vraiment pas mon jour.

- Euh... Tu t’en es occupée, au fait ? 
Pas même une réponse.

 

Du coup, je n’ai même pas osé lui demander ce qu’elle avait fait de Saperlipopette. Je trouverai bien un coin de terre remuée dans le jardin…

Il faut dire que j’avais manqué de courage pour enterrer mon lapin.  Je m’étais lâchement inventé un client à voir à l’autre bout de la ville. Elle, ne l’aimait pas trop, ce lapin, et de plus, fille de la campagne, me reprochait mon sentimentalisme.

 
- Un lapin dans la maison !  Il y a des clapiers, pour ça ! Mets-le dehors, au moins !

 

Il lui était plus facile de l’enterrer, finalement.

Bon, n’empêche que depuis une bonne heure, c’était le mutisme absolu. Le silence assourdissant, insupportable.  Avec des airs de princesse offusquée, mademoiselle passait près de moi sans me regarder, s’affairait dans la cuisine en refusant mon aide d’un regard de tueuse.

Je n’insistais pas et faisais profil bas dans le salon en feuilletant d’un air dégagé le journal du jour.

 

A table, j’essayais de détendre l’atmosphère :

- Alleeeez, fais pas ta tête de rôti… 

-  De rôti ?

Gagné !  Je l’avais fait non seulement parler mais aussi rire.

- Tu veux dire « Fais pas ta tête de cochon » ? Mais cher ange… Trouves-tu vraiment à cette viande un goût de cochon ?

 

 La bouchée me resta en travers de la gorge.

 

par co errante publié dans : Un peu plus
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Je serais vous...

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j'irais faire un petit tour du côté de chez mimidup...








puisque pour la 3ème année consécutive, À quoi rêvent les filles ? vous invite à participer à son concours d'été. Cette fois, le thème proposé est :


 L A   R É C I P R O C I T É

 

Pour participer au concours, il vous suffit de lui envoyer un texte (poésie, prose, nouvelle, pensée...) avant le 30 juillet 2008

 

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