C’était aussi par une belle journée au bord de l’eau…
« Quiiii ?… Qui a poussé Mémé dans les orties ? »
Tante Madeleine foudroyait tout le monde du regard. Un demi-cercle se formait progressivement autour de la grand-mère, tombée assise dans le fossé, tout au fond de son transat : « Oh, ma pauvre fille. .. Ben me v’là toute évaillée... »
Pendant que l’oncle Edouard s’empressait de la relever tant bien que mal, les regards soupçonneux se croisaient. Qui ? Qui donc avait bien pu pousser Mémé dans
les orties ?
Une voix claire s'éleva, celle de la petite Lucie :
« Y sont où les orties ? Ça fait mal, Mémé ? » Elle reçut un formidable coup de coude dans les côtes par la grande sœur qui lui fit aigrement
remarquer que ce n’était vraiment pas le moment de poser des questions aussi idiotes.
Le petit Denis murmura : « Ben, elle est p’têt tombée toute seule...», se prenant aussitôt la torgnole qu’on lui promettait depuis un bon bout de
temps.
« Je te l’avais bien dit, aussi, de ne pas l’asseoir près du fossé ! » maugréa l’oncle Edouard.
La tante Madeleine poussa un cri hystérique : « Ah oui ?… Mais si je ne m’en occupe pas, moi, de notre pauvre mère, quiiiii s’en occupe ? »
« Ca y est, la pleureuse reprend du service… » soupira la belle-sœur. « Mais Robert, va donc chercher la trousse à pharmacie !… »
« Robert fais ci, Robert fais ca ! Tu pourrais pas changer de registre, parfois ? »
« Pff... Quelle famille ! » soupira le grand-père.
Et pendant qu’on remettait sur pied une grand-mère finalement hilare, Pépé faisait tranquillement, dans son coin, un arrêt cardiaque.
Entre nous