Mardi 26 février 2008

Va savoir... (7 et fin)

Duo Ludovic Kaspar (Rollerpen) et co errante

(octobre 2006)

 

Épisode 6

Épisode 5

Épisode 4

Épisode 3

Épisode 2

Épisode 1

 

Épisode 7 et fin

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— Chef, un Mojito bien dosé et lésine pas sur la menthe ! Voilà bien ici les seules feuilles qui me parlent, pour le moment ! Ca y est, je l’ai, mon fou rire. Ah, ça fait du bien ! Allez, je trinque avec toi, précieux barman. Heureusement que tu es là, avec tes pieds sur terre et tes verres à la main.

 

Il lui tend le Mojito d’un air amusé, s’en sert une lichette :

 

— Allez, vite fait, pour une fois... Une fois n’est pas coutume, oui. Eh bien ! Tu t’es lâchée, aujourd’hui… Mais ne va pas faire fuir tout le monde, hein… 

 

Les deux verres tintent discrètement mais franchement. Elle lui glisse tout aussi confidentiellement, entre deux rires difficilement retenus :

 

— Je suis hilare, et ça rime avec « tête de lard ». Faudrait proposer cette rime à notre ami… Oui, je pète les plombs et l’Art mal baisé. Parce que je ne suis pas baisante, moi, faut m’excuser… Mais je saurai me tenir, comme d’hab, la prochaine fois...

 

Deux minutes plus tard, plutôt que d’envoyer balader le Luchini qui s’approche du comptoir en déclamant : elle est déjà partie.

 

Ce qu’elle ne savait pas, surtout, tiens… c’est qu’en plein après midi, elle boirait un Mojito. C’était sans doute ça, le plus important. Ca, c’est du concret. La tête lui tourne un peu… Oui, la prochaine fois, elle se tiendra tranquille. Mais aujourd’hui, ça valait le coup... de Mojito. Mojito… morte de rire. Oui, elle est hilare… et ne se sent pas garce, juste hilare. Et peut-être un peu garce, peu importe, je m’en fiche, elle pense, avec si peu de temps laissé au temps je peux bien jouer ce rôle aussi…

 

Va savoir… rigole le Mojito de son haleine verte et glacée !



FIN


Ludovic Kaspar et co errante
(octobre 2006)


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Lundi 25 février 2008

Va savoir... (6)

Duo  co errante, Ludovic Kaspar (Rollerpen)

(octobre 2006)

 

 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3

Épisode 4

Épisode 5




Épisode 6


undefined— Votre esprit a presque autant de savoir que votre regard, si vous me permettez !

— Ca, c’est pas du Musset, c’est du Guitry sur son lit de mort. Oui oui je vous permets, volontiers même, ou presque…

— Quel sens de la répartie ! Vous pourriez vous lancer dans l’écriture théâtrale, cela rapporte beaucoup. En matière d’écrit c’est le pactole !... Question de subventions. Ha vous avez tout pour réussir, ma chère ! Les yeux, l’esprit, la répartie, le…

— Le cul, c’est ça ? Les nichons n’oubliez pas. Une petite pipe des fois ? Vous savez quoi ? Laissez-vous pousser un collier de barbe et nippez-vous moins hip, ça dépareillerait moins avec vos manières… votre manière d’Être. Parfois l’habit fait le moine... Allez, griffonnez quelques âneries misogynes estampillées intellos sur notre « conciergerie » ! Le centre culturel de Trifouillis-Les-Oies se pincera les lèvres à prix réduit, vous passerez votre chapeau entre les rangs des abonnés sexagénaires de quoi vous taper une pouffe après le Flunch.

— T’es vraiment qu’une sale garce…

 

J’ai à peine entendu ce « sale garce » murmuré piteusement, comme planqué, question réputation, mais l’ai assez perçu pour en être résolument fière ! Heureuse ! Libre comme Max, tiens ! Voilà la mélodie qui coulait dans mes veines ! Bon je m’emballais, c’est vrai. Ce type n’était qu’une gloriole littéraire locale… journaux régionaux, réseaux corrompus, marchés des cornichons : petit monde dégénéré vivant en vase clos.

 

Ca valait bien un Mojito au comptoir, une fois n’est pas coutume, pour ainsi dire jamais ! Et puis les premières fois c’est excitant, ça n’arrive qu’une fois sauf si on ressuscite mais c’est rare. Un Mojito à 16h et des brouettes de glace pillée. Que m’arrive-t-il in petto ? Je pète les plombs ! — fou rire intérieur à peine réprimé. Et puis merde ! In vino veritas !


(...)

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Dimanche 24 février 2008

Va savoir... (5)

Duo  Ludovic Kaspar (Rollerpen), co errante

(octobre 2006)

 

 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3

Épisode 4


Épisode 5


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[...]
Sa réponse se veut aussi sèche que possible, afin de couper court à toute autre réflexion ou tentative de discussion.

Pas possible ! L’homme semble s’enorgueillir de l’intérêt qu’il est certain d’avoir suscité auprès d’elle ! Il la regarde avec l’air amusé de celui qui sait. Rejoue à l’écrivain un moment, griffonnant quelques mots. L’observe de nouveau, tout en gardant cet air ridicule de savant réjoui. Se replonge dans ses écrits. Puis se tourne vers elle, alors qu’elle se prépare à quitter les lieux, agacée par la suffisance et la préciosité du personnage.

 

— J’ai eu un trou, tout à l’heure... Mais peut-être pourriez-vous m’aider. Ces yeux-là doivent savoir…

 

Ces yeux-là ! Mais c’est qu’il la drague ! Seulement imagine-t-il que ces yeux-là le fusilleraient presque, tandis qu’il tourne fébrilement une puis deux pages de son carnet et pointe maintenant un doigt vainqueur sur une ligne :

 

— Voilà… Qui donc a écrit : « La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité. » ? Joli, non ?

— Ah oui… Le genre de phrase qu’on écrit sur son classeur, au collège… 

 

Elle a ponctué sa réplique d’une petite, toute petite pointe d’ironie dans le regard. Et d’un sourire.

Touché ! Il la contemple, médusé. Et tandis qu’elle se lève et lui souffle un « de Musset… » en se retournant d’un air faussement navré, elle sait qu’elle a appris quelque chose : ce type est vraiment un con. Oui. Elle sait maintenant que son impression première était la bonne.

 

Et c’est rarement la dernière qui vient l’infirmer.

(...)
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Vendredi 22 février 2008

Va savoir... (4)

Duo co errante, Ludovic Kaspar (Rollerpen)

(octobre 2006)

 

 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3


Épisode 4


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Devant elle, le Luchini de seconde zone s’est calmé. A sa gauche, on discourt toujours sur l’ultime géniââââle performance de l’artiste Machin Chose tandis que son voisin de droite joue à être manifestement très inspiré par ce qu’il écrit. Dommage, ça sonne faux. Rien de nouveau par ici non plus.


Elle s’ennuie. Fixe l’horloge laquelle, encore une fois, n’est pas dans son bon jour ni à sa bonne heure. Oublie tout, un moment, en flottant dans le rien. Puis l’attention se coule dans les sons de guitare émis doucement par la radio du CAFE. Elle ne capte rien du texte chanté par celui dont elle reconnaît la voix, Tété, sinon deux mots audibles revenant souvent : « un mo-ment ». Oui, un moment. Il y a un moment pour tout, aussi pour savoir où l’on en est. Elle tente de jeter un coup d’œil discret sur la montre du "grand écrivain". Mais qu’il arrête de bouger !

 

— Ce n’est pas beau de regarder par-dessus l’épaule de quelqu’un ! Autant me demander directement de vous lire ce que j’écris, si cela vous intéresse autant.

Le ton est péremptoire, le regard imbu. Une personne qui lui est définitivement antipathique.

— Euh… Je voulais simplement l’heure. C’est bon, j’ai vu, il est 16h20, je l’ai, merci.

(...)

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Jeudi 21 février 2008

Va savoir...

Duo Ludovic Kaspar (Rollerpen), co errante

(octobre 2006)

 

 

Épisode 1

Épisode 2

 

 

 

Épisode 3


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[…]
Dommage elle se dit, j’aurais bien écouté un morceau d’Arthur H. En lieu et place, et dieu sait que c’est pas son style de musique, elle fredonne intérieurement « Il ne rentre pas ce soir, il n’a plus d’espoir, plus d’espoir. » Elle ne cherche pas à savoir, c’est agréable la zique des souvenirs. Elle ne sait pas non plus si le type de la chanson trimballe son désespoir ici au CAFE, s’il s’est posé au zinc comme une mouche pour voler vers d’autres bars et ne pas rentrer chez lui ce soir. C’est encore loin ce soir.

Elle a l’âme sur la vague de ses pensées et se laisse flotter.


Alors elle scrute les visages, observe les attitudes des uns, des autres. Elimine les femmes qui dévoilent rarement leur désespoir en public, surtout pas au CAFE. Elle veut peut-être savoir aussi ce qui passe au ciné même si la séance est à 20h et que c’est loin ce soir. Toujours.

 

Mais, pour l’instant, ici, rien en vue qu’elle ne sache déjà. Elle scrute alors par la fenêtre. Mais les gens passent. Ailleurs. Qui n’ont rien à lui faire savoir. En elle, enfin. Bof, rien de bien nouveau… Si ce n’est ce questionnement : que pourrais-tu donc bien apprendre, tant qu’à faire, avant de sortir d’ici ?

(...)

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Mardi 19 février 2008
Va savoir...

Duo co errante, Ludovic Kaspar (Rollerpen)

(octobre 2006)



Épisode 1

Épisode 2



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[...]
Ce qu’elle ne sait pas, elle pourrait l’apprendre ici, seulement c’est mal barré. Elle veut vider les lieux après son café serré, le dépôt de ses deux euros dans la coupelle, offrant dix cents de pourboire au personnel par flemme de fouiller dans sa menue monnaie. Puis elle est pressée surtout. Pressée par quoi, par qui, vers où, elle-même l’ignore, pressée c’est tout. Il y a tant de raisons d’être pressée qu’il est parfaitement envisageable de ne pas savoir pourquoi.


Peut-être en a-t-elle assez d’être plantée sur sa chaise au centre du CAFE ou bien c’est ce clone de Luchini qui lui tape sur les nerfs avec son numéro grotesque... Le pauvre ne s’en rend pas compte. Il faut avoir une âme en banque pour s’en rendre, des comptes, un don que l’on a ou pas. Voilà ce qu’elle se dit. Ce genre de phrases lui font penser qu’elle pourrait devenir écrivain… écrivain du CAFE. Voilà ce qu’elle se dit également. Et de fil en aiguille, elle finit par se dire tant et tant de choses qu’elle n’est plus pressée le moins du monde. De partir. « Je ne suis pas un citron après tout », pense-t-elle acide.

 

A bien y réfléchir, cet après-midi est pour elle aussi libre qu’un pénitencier qui s’ouvre. Son esprit prend de l’azur. Un air de liberté flotte au CAFE, elle est en joie. Une joie discrète mais jouissive, secrète. Un signe de tête au barman dont elle ne sait toujours pas le nom : code : « Tu peux préparer le café noir ».

Elle aime titrer les menus événements de la vie par des chansons. Ca ne lui fait pas penser qu’elle aurait pu faire chanteuse, elle n’a de voix ni dans les douches ni dans les bains. Par bonheur elle a une voie toute tracée pour les heures qui suivent. Comme quoi en deux minutes tout change, tout pouvant être pas grand chose. Pas grand chose c’est énorme quand on s’applique aux choses. C’est ce qu’elle compte faire car, se dit-elle en verve, elle a une âme en banque. Elle a ce don. Et un Juke-Box au fond du crâne.

Au CAFE, pas de ça : mauvais genre : genre troquet populo.


(...)
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Lundi 18 février 2008

Va savoir...

Duo Ludovic Kaspar (Rollerpen), co errante

(octobre 2006)

 
Épisode 1


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Elle pousse la porte de ce café, situé en plein centre ville.

 

Et comme dans n’importe quel café du centre ville, ici, elle est sûre d’y trouver le péquin de passage ou les deux amies éternelles, qui, à bout de souffle et de salive, viennent se réhydrater entre persiflages doucereux et lèche-vitrines.

Mais ici, on ne dit pas le café. Parce que ce n’est pas n’importe quel café. Ici, on dit « Le CAFE ». Ici, c’est l’antre de l’intelligentsia citadine.

 

Et c’est pour ça qu’elle y entre, cette fille. Parce qu’on y on trouve de tout, mais aussi et surtout, le tout et son contraire : l’avocat le plus ripou ou celui du diable, le poète le plus ou le moins maudit, l’architecte le plus laissé en plan ou le moins bringuebalant, le photographe le plus cliché ou le moins à dada sur son image, le peintre le plus exposé ou le moins dépeint, le politique aux dents les plus longues ou le moins cru, l’écrivain le plus m’as-tu-lu ou le moins publié, le journaliste le plus mange ou le plus fouille merde, le comédien le plus théâtral ou le moins causant, le musicien le plus à l’écoute ou le moins écouté.

 

Elle, elle vient surtout pour son contraire, pour acérer son œil, pour laisser traîner l’oreille en silence et saisir toutes ces bribes de bruits en forme de mots, pour prendre l’air du temps et du « tant », souvent trop, pour en emporter le vent, le disperser ensuite en sourires cachés, rires puis fous rires, pour son barman sympa et pour son café. Un des meilleurs de la ville. Ici, elle connaît pratiquement tout le monde mais ne noue vraiment avec personne, se limitant à un clin d’œil, à un hochement de tête, en réponse aux signes de reconnaissance. Ils fréquentent les mêmes mondes, parfois, et cela suffit. Pas besoin d’en savoir plus.

Ici, elle vient prendre l’air, de temps en temps, l’air de quelqu’un qui vient juste se poser.

Ici, elle se connecte avec la ville. Ceux qui y passent, simplement. Avec leurs histoires tues. Et ceux qui la font, cette ville. Avec leurs mensonges et leurs réalités.


(...)

 

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Pour le livre

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Je serais vous...

Je serais vous...


j'irais faire un petit tour du côté de chez mimidup...








puisque pour la 3ème année consécutive, À quoi rêvent les filles ? vous invite à participer à son concours d'été. Cette fois, le thème proposé est :


 L A   R É C I P R O C I T É

 

Pour participer au concours, il vous suffit de lui envoyer un texte (poésie, prose, nouvelle, pensée...) avant le 30 juillet 2008

 

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